L’Avenir de l’Humanité par Michel Bon [28 août 2008]
Cette question que Pierre Teilhard de Chardin, prêtre catholique et paléontologue, mystique et membre de l’Académie des Sciences, se posait dès la guerre de 1914, est encore plus fondamentale avec l’accélération exponentielle de l’évolution qu’il constatait. C’est le sens de la vie de l’humanité et c’est une dimension du sens de la vie de chacun de nous. L’humanité c’est nous tous, vivants, morts et à naître. Elle a sa dynamique propre de complexité-conscience l’amenant au point Oméga, et chacun de nous a à faire la même évolution.
Une parabole hindouiste millénaire va nous montrer où chercher. Les dieux se demandèrent où cacher la divinité de l’homme pour ne pas perdre leur propre pouvoir. Les uns proposent de la cacher au fond des océans, d’autres sur la lune. Mais Brahma leur dit : un jour les hommes iront au fond des océans, un jour les hommes iront sur la lune... et ils trouveront leur divinité ! » Cela c’est d’ailleurs réalisé au XXème siècle... Et Brahma conclut : «Cachons la divinité de l’homme au fond de lui-même, il ne la cherchera pas là ! »
Et pourtant c’est ce que ont fait certains chercheurs de l’être essentiel : les mystiques de toutes les religions comme hors des religions :
- La transe chamanique dite de possession où le moi a lâché les commandes.
- Le Tao des taoïstes.
- « Tu es Cela » des hindouistes.
- Notre Nature de Bouddha (ou la Vacuité) dans le bouddhisme.
- « Je suis Celui qui suis » de Jésus.
- « Celui qui se connaît, connaît aussi son Dieu » (Hadith du Prophète Mohamed).
- L’expérience du Soi vécue et décrite par Jung.
- L’expérience transpersonnelle vécue et décrite par Maslow : il peut arriver à chacun de la vivre dans le domaine mystique ou amoureux ou artistique ou scientifique...
- L’expérience de la mort (NDE ou EMI) dont témoignent ceux qui en sont revenus, depuis Er cité par Platon jusqu’aux milliers de contemporains après que le Dr Moody ait brisé le silence et qui peut être vécu, sans mort clinique, avec ma méthode du Rêve Eveillé Accompagné de la Mort.
La nature humaine est la même chez tous les hommes ; elle transcende l’histoire, l’économie, les cultures, les religions. Elle est notre Centre qui est Le Centre.
Quelques soient nos déterminismes et nos chemins si nous gravissons la montagne nous atteindrons tous son sommet unique, l’expérience individuelle qu’on dise de non-dualité (Orient) ou d’Unité (christianisme, Islam). Sur le plan de l’humanité c’est le Point Oméga.
Plus chacun de nous sera Centré plus nous approcherons du Point Oméga.
Le salut de l’humanité passe par la réalisation du plus possible d’êtres humains en commençant par nous-même.
Agir sur soi sans l’excuse d’attendre le voisin est la base fondamentale de la réalisation de l’humanité. L’ermite dans le désert qui s’efforce à sa réalisation n’est pas un asocial mais en travaillant sur lui il travaille pour tous, même s’il n’en revient pas. Le bouddhisme zen montre qu’après avoir atteint l’illumination on revient « sur la place du marché » et que l’on passe inaperçu, tout en étant le levain dans la pâte. Maslow fait la même constatation avec les personnes qui ont vécu des expériences transpersonnelles. Et pourtant elles sont radicalement changées, ayant atteint le bonheur : elles acceptent ce qui est et en voyant le positif en toute chose, non par inaction, mais en trouvant ainsi l’action adéquate (le non attachement bouddhiste).
Ce bonheur s’enracine dans :
- l’amour : amour de soi, amour de l’autre, amour de plus grand que soi (Teilhard)
- la sagesse : voir les choses telles qu’elles sont, dans leur nature profonde, dans leur être et non-être.
Sagesse et amour sont les deux côtés inséparables de la médaille ; tout déséquilibre entre ces deux pôles entraîne une catastrophe.
Leur union conduit au contraire à l’action « juste » (le noble sentier octuple du bouddhisme), l’action juste avec détachement du résultat.
On croit à tord que les musulmans sont fatalistes en disant qu’il feront ceci « Inch Allah », « si Dieu veut » s’il y a la baraka (grâce) divine. Mais c’est au contraire cela l’action juste, à condition de ne pas tricher et de ne pas remplacer Allah par son petit ego !... C’est facile de se rendre compte de cette universalité de l’action juste en comparant l’attitude musulmane aux explications hindouistes et bouddhistes. Dans la Baghavat Gita, le dieu Krishna prépare Arjuna sur son char de guerre à la bataille : il doit faire tous les efforts possibles pour gagner : c’est sa responsabilité ; mais le résultat dépend non de lui mais de la grâce. Par une voie différente les samourais zen arrivent à la même conclusion et ont une action efficace par ce que détachée du résultat. Agir dans le non agir « wu wei » disent les taoïstes. En termes jungiens c’est le Soi qui dirige l’action du moi et non l’ego.
Vous pensez peut-être que ce sont des utopies idéalistes bien loin de la réalité de l’action politique. Il n’en est rien. La nature humaine avec le développement personnel et transpersonnel, base scientifique et expériencielle de ces réflexions, est une réalité et non une utopie. Elle est la source éthique de l’action individuelle et collective. Voici deux séries d’exemples d’évolution politique concrétisées par des lois.
Dans un premier temps j’ai été le témoin et très modestement l’acteur de certaines évolutions en France depuis presque un demi siècle :
- Le passage du seuil irréversible de l’idée d’Europe aux élections présidentielles de 1965 avec les campagnes de Mitterand et de Lecanuet.
- Le passage du seuil irréversible de l’idée de libération (mentale, sexuelle..) et de réalisation de soi avec mai 68 (cela je ne l’ai pas vécu vivant alors au Maroc)
- Le Mouvement de Libération de la Femme que j’ai vécu par l’intermédiaire de mon épouse, membre du groupe des « sorcières ». L’humanité ne peut évoluer sans que la femme partage le pouvoir avec ses valeurs d’amour et il y a encore un gros travail d’évolution psychologique de la société. Un simple exemple au Maroc de 2007 : aucune femme candidate et donc aucune élue sur les listes régionales aux élections législatives. Sa Majesté Mohamed VI a ajouté une liste nationale dans laquelle il a imposé la présence de femmes devenues députées. Pour la première fois une femme est devenue présidente d’un groupe politique à l’assemblée nationale, et pas du moindre, celui du plus grand parti auquel appartient le premier ministre. Au Maroc il est plus facile à une femme de devenir ministre (nomination) que député !...
- La loi de Simone Weil autorisant dans certaines conditions l’avortement comme un moindre mal.
- Le mouvement écologiste qui a franchit le seuil de non retour aux élections municipales de 1974 (ou environ) avec des scores avoisinant les 10 %.
- La loi Badinter supprimant la peine de mort.
- La création des aumôneries musulmanes et bouddhistes des prisons dans les années 90.
- Le Pacts de Solidarité pour les personnes ne pouvant pas ou ne voulant pas se marier et applicable à deux adultes de même sexe ou de sexe différent. Il a non seulement un avantage pratique de solidarité mais la reconnaissance légale implicite des couples homosexuel sans loi spécifique à une minorité. Il a fallu 10 ans de travail pour que le projet aboutisse et accepter la non résolution de la question des enfants refoulée par l’opinion publique. Or en France il y a trois centaines de milliers d’enfants qui ont un parent homosexuel (le plus souvent bisexuel).
J’ai fait passer à l’abbé tibétain du monastère bouddhiste de Nalanda un questionnaire sur la bioéthique pour le Conseil de l’Europe qui enquêtait sur les positions des différentes religions. Le moine français qui servait de traducteur posa la question : « Un couple de femmes peut-il avoir recours à l’insémination artificielle pour avoir un enfant ?». Le lama a répondu « Oui si elles s’aiment et si elles aiment l’enfant ». Le traducteur n’en croyait pas ses oreilles et a répondu « Mais Gueshela, vous n’avez pas compris, ce sont deux femmes, pas un homme et une femme ! ». Et le lama a assuré qu’il avait compris et a redit sa réponse spontanée.
Cet exemple montre que pour un être spirituel l’amour est toujours supérieur à la morale sociale et culturelle. La morale est une loi subjective relative, souvent non écrite, pouvant varier d’une culture à l’autre, alors que l’éthique basée sur la nature humaine est universelle et objective, et exprime la sagesse et l’amour.
Sur le plan mondial on peut citer au vingtième siècle nombre de leaders politiques aux positions éthiques qui sont arrivés plus ou moins rapidement à faire triompher légalement leur juste cause.
- L’Emir Ab El Kader, grand mystique soufi, chevalier des temps modernes dont les actions ont finalement abouti à l’indépendance de l’Algérie
- Le Pasteur chrétien Martin Luther King qui est arrivé de façon non violente à éradiquer juridiquement le racisme des USA.
- Gandhi, nourri par sa spiritualité hindouiste est arrivé par la non violence à obtenir la l’indépendance de l’Inde, mais il n’est pas arrivé à ce que musulmans et hindouistes arrivent à vivre ensemble.
- Sa Sainteté le Dalaï Lama, chef d’Etat d’un pays occupé depuis un demi siècle prône la non violence pour obtenir de la Chine le respect du peuple tibétain et une certaine autonomie. Il vient de souhaiter à la Chine, qui occupe son pays, le succès des Jeux Olympiques. Il n’a pas encore obtenu beaucoup de résultats.... Et pourtant malgré sa lourde tâche, son cœur, plein de joie et d’amour le fait rire constamment comme la plupart des lamas tibétains, comme les enfants heureux.
Dans quatre religions différentes ces êtres d’exception, soutenus par leur spiritualité, ont, avec amour, sagesse et patience, influencé le cours de l’histoire de façon éthique. Il y a parmi eux une majorité de Prix Nobel de la Paix mais ils ont tous finis en martyr : en exil ou assassinés.
Remarquons que l’exil et l’assassinat, légal ou non, est souvent aussi le lot des mystiques sans qu’ils aient besoin d’être des leaders politiques. Moïse a fui l’Egypte. Socrate a été condamné à l’exil ou à boire le poison. A la même époque Sakyamouni, le futur Bouddha, s’est exilé volontairement. Jésus a été condamné à mourir sur la croix. Les martyrs chrétiens dans l’antiquité romaine ont formé une légion de saints. Le grand mystique musulman, Hallaj après 8 ans de procès a été condamné à mort et lui aussi crucifié à Bagdad au VIIIème siècle de notre ère. Teilhard exilé en Chine puis aux USA par le Vatican est mort à New-York le jour de Pâques d’une crise cardiaque comme il avait écrit le souhaiter un an auparavant, mais un demi-siècle après il n’est pas encore canonisé... Décidément les sociétés n’aiment pas, du moins de leur vivant, ceux qui ne sont pas dans le moule du conformisme social de la médiocrité.
Il reste bien des causes urgentes et en particulier :
- La sauvegarde écologique de notre planète.
- Les droits de l’enfant (santé et éducation avec l’éradication de leur travail ou de leur prostitution).
- L’éradication de la violence collective (guerre, bureaucratie d’Etat, exploitation, conformisme social...).
- La cause qui vous tient particulièrement à cœur compte tenu de votre histoire, de votre personnalité, de la largeur de votre champ de conscience, de votre besoin de spécialisation, de la limitation du temps....
Mais la loi nationale ou internationale, aussi nécessaire soit-elle, n’éradique pas dans les coeurs le manque d’amour et de sagesse. Chaque enfant qui naît a à faire son propre et unique chemin vers la maturité.
Le dépassement de l’ego exige le dépassement de nos déterminismes et de nos auto-mutilations et auto-limitations dans une vision
translogique (au-delà de la logique binaire des oppositions: oui ou non, vrai ou faux, pour une logique ternaire, à la fois yin et yang)
transdisciplinaire (au-delà des spécialités : sciences de la nature, sciences humaines, arts, spiritualité)
transculturelle (au-delà des cultures de chaque pays et des sous-cultures existant dans chaque pays)
transpersonnelle (au-delà du moi, le Soi dirige, communique et communie)
transreligieuse... (au-delà des formulations, des langues, des croyances, des lois, des morales, des dogmes, des lois divers et contradictoires, dans le vécu de l’expérience mystique à la fois universelle et unique pour chacun, dans l’universalité de l’amour, de la sagesse et de l’éthique. Cela n’exige pas d’abandonner sa religion mais d’atteindre son noyau universel.)
Teilhard disait « Tout ce qui monte converge » : c’est le lieu de sagesse et d’amour où on peut véritablement retrouver l’autre, retrouver les autres, retrouver l’Autre. Et « L’union différencie, l’union personnalise», synthèse paradoxale de la personne unique et de l’universel. Le bouddhisme illustre bien ce paradoxe ou tous les Bouddhas ont pleinement réalisé l’unique Nature de Bouddha (Unité, Non-dualité) et ont en même temps leur personnalité (nom, couleur, fonction principale...) venant de leur chemin personnel absolument original et unique (sans semblable).
En me construisant moi-même j’aide l’autre et l’humanité entière à se construire. En m’élevant énergétiquement (énergie subtile et amour) j’élève énergétiquement le niveau de la planète. Je suis responsable de l’avenir de l’humanité mais je n’en suis pas écrasé et je porte et rayonne la joie intérieure. Michel Bon
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